Scribulations 01/10 – Les brèves nouvelles
Les « brèves nouvelles » font partie des rubriques récurentes des numéros de Scribulations et le 01/10 ne fera pas exception à la règle.
La brève nouvelle est un texte court, voire très court, se terminant par une « moralité », autrement dit un jeu de mot, si possible mauvais ayant bien sûr guidé l’écriture de la brève jusqu’à lui. Perso, les brèves qui me plaisent le plus sont celles dans lesquelles l’auteur fait l’effort de ne pas employer dans le corps du texte les mots qui serviront dans la moralité, qui s’arrange pour que le corps du texte et la moralité aient quelque chose à voir l’un avec l’autre et qui renonce aux prénom ou noms inventés de toute pièce parce que c’est pratique…
Exemple :
Dès qu’il se fut assis dans la salle obscure, au moment même où l’écran s’éclairait, il pressentit qu’il avait fait le mauvais choix. Son dos lui faisait mal comme jamais, et comme il le craignait, il fut très ennuyé par ce long reportage sur la découverte par Yves Coppens de la petite Austalopithecus afarensis à laquelle il allait donner le nom d’une chanson des Beatles. Pendant toute la séance, il regretta de n’être pas allé voir un de ces films de kung-fu qu’il adorait. Voir des gens se tataner la gueule en virevoltant dans les airs l’aurait beaucoup plus décontracté que cette histoire de vieux squelette desséché.
Moralité : Lucy n’aima : a sciatique (Le cinéma asiatique).
Les brèves nouvelles, c’est un peu tout ou rien. Au départ, il se passe parfois des mois sans que personne n’en n’écrive, mais à l’arrivée également, puisque nos lecteurs se partagent entre ceux qui les détestent et ceux – qu’on espère plus nombreux – qu’elles font bien rire. Il est donc possible que vous lisiez des trucs comme ça dans le prochain numéro :
Jusqu’au mois dernier, j’aurais pu affirmer sans mentir que je pouvais faire naviguer n’importe quoi. Heureusement d’ailleurs, puisque ça me vaut d’avoir un carnet de commande bien rempli, par tous les parcs à thème, à qui je vends des embarcations toutes plus improbables les unes que les autres. Jusqu’à ce qu’Eurodisney me demande une Blanche Neige dix places pour sa rivière artificielle. Elle, pas de problème, mais pour ses abominables gnomes, là, rien à faire, ils penchent tous, soit à droite, soit à gauche. J’en ai une migraine qui ne me quitte plus !
Moralité : Mes nains gîtent
Scribulations – archives – L’interview
Comment vous est venue l’idée de Scribulations ?
Jean-Marie Dutey :Autant que je me souvienne, c’était le 17 avril 2008 sous la douche. Mais comme toutes les bonnes idées – dont on se demande pourquoi ne les a-t-on pas eu avant – celle de créer une revue où nous pourrions éditer les textes accumulés sur les différents groupes d’écriture du Net auxquels je participais, me trottait dans la tête depuis un moment, ainsi qu’à d’autres auteurs avec lesquels j’écrivais sur ces groupes.
Il faut dire qu’en plusieurs années d’écriture, nous avions accumulé plus d’un millier de textes.
Scribulations procède donc peut-être moins d’une idée que d’un constat puis d’un déclic. Disons qu’en avril dernier, la formule de cette revue s’est imposée de façon plus entêtante qu’auparavant.
Justement, pouvez-vous nous présenter la « formule » de cette revue ?
J.M.D : Matériellement, Scribulations se présente comme un livre. C’est un parti pris qu’avaient par exemple adopté « Univers » chez J’ai lu en format poche, ou « La revue littéraire » aux éditions Léo Scheer. L’idée était de nous éloigner d’un format « magazine » pour aller vers quelque chose de plus anthologique, conforme à notre contenu puisque Scribulations ne publie pas d’article d’actualité littéraire, ni de critique de livre, juste des textes dont la qualité nous laisse espérer qu’ils garderont leur intérêt de longues années.
En effet, j’ai la revue en main, c’est un volume épais de deux cent pages, qui revêt toutes les apparences d’un livre, à part son prix peut-être et sa maquette ?
J.M.D : Oui, Scribulations est vendue au prix public de 10€ ce qui ne devrait pas ruiner ceux de nos fidèles lecteurs qui achèteront les trois numéros que nous publierons par an. Quant à la maquette, toute réclamation est à m’adresser personnellement puisque je m’en suis chargé. Vous n’aimez pas ?
Si, si… Elle est, comment dire ? très « moderne », par exemple le travail sur les lettrines.
J.M.D : (rires) C’est vrai que je me suis un peu lâché sur les lettrines. J’avais en tête d’explorer ce que pourrait être l’équivalent contemporain des lettres ornées qu’on trouve sur les manuscrits du moyen âge, mais aussi l’idée de trouver dans le texte lui-même, dans sa lettre, les éléments graphique de sa mise en page et enfin, le souci de m’éloigner de la simple illustration, de la facilité qu’il y a à mettre une image de dune parce que le texte parle de désert, ou de cage parce qu’il parle d’oiseau. Je voulais donc plutôt augmenter la distance entre l’illustration et le texte que la réduire à la lecture de l’illustrateur, créer entre le texte et les éléments graphiques un espace le plus ouvert possible, que l’imaginaire du lecteur puisse investir librement. Mais c’est une démarche à poursuivre, dont les prochains numéros baliseront les étapes.
Si j’ai bien compris, les auteurs de ce premier numéro se connaissent tous depuis longtemps ?
J.M.D : Oui et non. Certain ont déjà travaillé ensemble sur des projets littéraires que nous avons menés en ligne il y a plusieurs années, d’autres nous ont rejoint récemment. Tous font parti de plusieurs groupes réunis sur Internet autour de propositions d’écriture souvent très larges, mais dans lesquelles Scribulations puisse sa matière première.
Vous pouvez nous présenter certains de ces groupes ?
J.M.D : Volontiers. Le premier d’entre eux est bien-sûr le groupe « Dixit » qui propose en permanence aux auteurs dix propositions d’écriture, renouvelées quand elles s’épuisent. Pour ce numéro de Scribulations, nous avons pioché dans les rubriques » Sans verbe », « Petit plus » et « tranches de vies ». Mais nous avons aussi puisé largement dans les textes écrits sur le groupe « Contes incorrects », « Préf@ces » et « Carrefour des passions ». Nous espérons bien ainsi créer un « appel d’air » suffisant pour que les animateurs d’atelier d’écriture de France et de Navarre nous soumettent des textes produits dans leurs ateliers.
Vous dites « de France et de Navarre », mais si j’ai bien lu, les auteurs publiés dans Scribulations sont d’ors et déjà issus des quatre coins du monde ?
J.M.D : Vous avez bien lu. Les auteurs sont francophones, mais trois d’entre eux vivent au Québec, un autre en Espagne, un autre au Brésil, l’autre grosse moitié en France. C’est l’avantage d’Internet : la Terre n’est plus si vaste qu’on ne puisse y écrire ensemble en temps réel ou presque.
Que nous réservent les prochains numéros ?
J.M.D : Ah ben ça, si je le savais… Non, je plaisante. Le prochain numéro, qui devrait sortir en janvier, publiera la suite et la fin des « Silences de Soupir », ce magnifique texte constitué à partir des petits messages laissés plusieurs années durant par une participante au groupe « Auteurs Salle d’Écrivains » en réponse à la question que j’avais lancée : « Qu’entendez-vous dans le silence ? » Nous aurons aussi le deuxième tiers de « Existe en noir »,ces délicieuses chronique de quartier. Un nouvel épisode de « Wan & Ted » nos jeunes chasseurs de prime dont nous voudrions faire un peu les héros récurrents de Scribulations. Sans oublier une nouvelle fournée de « Brèves nouvelles », ces petits textes entièrement guidés par le jeu de mot qui leur sert de moralité. Nous aurons aussi, dans le prochain numéro ou celui d’après, une avalanche d’objets, improbables ou sentimentaux, issus de la rubrique « magasin d’accessoire » du groupe Dixit, mais peut-être chinés aussi dans d’autres brocantes.
Pouvons nous conseiller à nos lecteurs de vous envoyer des textes ?
J.M.D : Bien sûr, avec plaisir, mais comme vous l’avez compris, l’idéal pour Scribulations est de publier des textes issus de la même séquence d’atelier, de la même consigne d’écriture, avec si possible deux mots qui présentent le groupe et les auteurs à l’origine des textes. Parce qu’en définitive, ce que voudrait promouvoir Scribulations, c’est l’écriture elle-même, en ce qu’elle est un moyen d’expression individuel qu’il est agréable d’exercer à plusieurs.
(Adresse JMD : jean-marie-dutey@hotmail.fr)
Scribulations 01/10 – Emmanuel B.
Je viens de terminer de lire le deuxième premier-jet de « Tabasco » un roman d’Emmanuel B., mon pote que je n’ai vu qu’une fois. (Ben quoi ? J’ai des potes que je n’ai jamais vus !) Je me réjouis par avance pour vous du choc et du plaisir que vous aurez à le découvrir chez le grand éditeur que ce texte mérite incontestablement. Comme tout bon roman, c’est irrésumable et vous dire qu’il s’agit d’une histoire d’amour entre une pute et un prêtre dans un coin du Mexique ne vous aidera pas beaucoup. D’ailleurs, il n’est même pas certain que l’auteur conserve ce titre, ni son nom, ni le texte dans l’état où je l’ai lu. Emmanuel m’a déjà fait le coup, en particulier pour « Robe rouge », une nouvelle que vous pourrez lire dans Scribulations 01/10 à paraître en mars prochain.
Après avoir lu le premier premier-jet de « Tabasco », je m’étais risqué à envoyer à Emmanuel quelques remarques, certaines corrections, même pas des suggestions. Il avait alors réagit d’une façon exactement inverse de celle à laquelle j’étais habituée, plutôt faite de : « Oui, je comprends, mais non, je ne changerai pas une virgule » en me répondant : « T’as raison, je reprends tout.» et m’avait envoyé après un nombre indécemment court de jours une nouvelle version augmentée d’un nombre indécemment gonflé de pages, passant de disons trente à cent-vingt, ajoutant un bon quart avant et une bonne moitié après. C’est de cette version que je suis sorti vers une heure trente du mat dans la nuit de dimanche à lundi, ne pouvant plus me décoller les yeux des pages. Je me suis de nouveau risqué à quelques remarques et là, je croise les doigts en serrant les fesses…
J’ai rencontré Emmanuel en mars dernier à Paris, au salon du livre, où j’étais invité à mes frais par mon éditrice pour vendre les trois derniers « Routes enlacées » et autant qu’on pourrait de Scribulations 01/08 et 01/09. Lui, confiant, était monté avec un manuscrit qu’il distribuait à qui voulait bien. Mon éditrice n’en voulait pas mais perso, entre deux clients, j’avais largement le temps. Jamais vu un manuscrit aussi mal présenté. Un exemple à montrer dans les manuels pour mettre en relief en un minimum de pages TOUT ce qu’il ne faut pas faire. Mais en dépit, une écriture qui m’avait scotché. J’avais alors pris le risque d’envoyer quelques remarques à l’auteur, qui m’avait déjà répondu (j’aurais du m’en souvenir pour après) « T’as raison, je reprends tout à la base. » Je ne sais pas ce qu’est devenu ce premier texte. Je n’ose pas demander. J’ai peur de recevoir par la poste, je sais pas moi, chaque ancienne partie développée en trois volumes…
Tout ça pour vous dire que si les petits cochons ne le mangent pas, Emmanuel B. se révèlera aux yeux de tous l’excellent auteur qu’il est déjà. Ce jour là, vous ne vous rappellerez pas l’avoir lu annoncé ici.
Mais moi si.
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Scribulations 01/10 – Par ici la sortie
![[Essais+sur+Scribulations+étiré+2+copier.jpg]](http://3.bp.blogspot.com/_-jVyQ3JJVIg/SPrq5w4LgNI/AAAAAAAAAWg/63jQrVsSgUI/s1600/Essais%2Bsur%2BScribulations%2B%C3%A9tir%C3%A9%2B2%2Bcopier.jpg)
Le numéro 01/10 de Scribulations sortira à la mi-mars 2010 – Adressez vos pré-commandes à : jean-marie-dutey@hotmail.fr, histoire que je sache combien vous en réserver…
Scribulations 01/10 – La quatrième de couv
Bon, d’accord, on ne sait pas encore à quoi ressemblera la couverture, puisque Tim est dessus. Mais concernant la quatrième, au moins pour ce qui est de son contenu, c’est à peut près fixé : ce sera les premières ligne de l’éditorial (tiens, il faudrait que je vous le mette en ligne…) suivi de la liste des auteurs, avec le titre de leurs textes bien-sûr…
En éditant des auteurs amateurs sous la forme d’un bon gros livre, Scribulations n’ajoute pas seulement quelques feuilles au grand arbre de la littérature, elle propose ses réponses à l’éternelle question de savoir qu’est-ce qu’écrire ?
Emmanuel B. / Robe Rouge
Canelle / Voyage Rivesalte-Marseille
Jean-Marie Dutey / Le prescripteur /Cher Père Noël / Chère Isis / Serpentine
Aline Fernandez / Printemps /Cher Docteur Folamour / Péage / Voyage
Kamash / Vie d’errance / Mon Sherlock Homes / L’éco-voyage
Jean-Marc La Frenière / Les bouteilles à la mer / Le voyage en colis
Michèle Menesclou / Mon pote David /41 /Cougar / La madone du péage /Cherche souvenirs perdus
Catherine Savournin /Le chouchou rose
WLouve / L’oasis / Le photographe
Xaba / Une villa quelque part sur la côte
Le petit journal de Scribulations – Aujourd’hui : les illustrations
C’est un moment entre deux, comme beaucoup, celui où les scribulatrices et scribulateurs ont fait ce qu’ils pouvaient, pour le moment, choisi, corrigé, assemblé les textes, où j’ai choisi les dessins, reçus leurs scans, disposé des impressions sur la table de la cuisine pour tenter d’entendre les illustrations me parler des textes qu’elles voudraient accompagner. J’ai tout livré à qui de droit. À Tim de se débrouiller maintenant. Scribulations m’échappe une nouvelle fois, mais nous avons d’autres rendez-vous, quand il faudra valider la maquette et surtout, tout au bout, vers Mars, en tenir un exemplaire entre les mains. ♣
Le petit journal de Scribulations (la revue) – Aujourd’hui : la « formule »
Ben quoi ? Ce n’est pas parce que je n’ai pas encore l’âge d’écrire mes mémoires (de toute façon…) ni parce que nous n’en sommes qu’au troisième numéros de Scribulations que je ne peux pas, du haut de ma sagesse infinie, compiler quelques remarques utiles à qui voudrait se lancer comme nous dans la confection d’une vraie revue littéraire contenant des vrais morceaux de bravoure ! De toute façon, ceux-là n’en feront qu’à leur tête. Mais nous les humains sommes ainsi fait : nous ne pouvons pas nous empêcher de vouloir aider qui ne nous demande rien. Coluche l’avait très bien compris avec son célèbre : « Ne m’aide pas ; déjà que je n’y arrive pas tout seul ! »
J’aurais sûrement l’occasion, si je poursuit cette série, de vous parler imprimerie, maquette, nombre d’exemplaires, distribution… Mais je réalise, alors que ce troisième numéro de Scribulations va voir le jour, que la seule chose qui aurait demandé un peu plus qu’une intuition de départ, la seule chose qu’on ne puisse plus désormais modifier sans changer l’identité de la revue, c’est sa « formule ». Désolé, je ne trouve pas d’autre mot pour désigner l’agrégat improbable d’un format, d’un titre, d’une ligne éditoriale, d’une maquette et de bien d’autres choses dont la réunion forme un tout, comme pour nous nos organes, nos membres, chacun des traits de notre visage.
J’ai cru choisir une formule assez souple, mais je réalise qu’elle ne soit pas l’être tant que ça puisque après deux numéros seulement on peut dire de façon assez précise si « ça irait » ou si « ça n’irait pas » dans Scribulations. Donc, premier conseil à nos futurs éditeurs-rédacteurs en chef de revue : faites gaffe, parce qu’une fois que c’est parti, vous ne pouvez pas changer du tout au tout d’un numéro à l’autre.
Pris isolément, aucun des éléments de Scribulations n’est particulièrement original, mais c’est bien leur réunion qui compose l’identité inimitable de notre chère revue.
Le format. Bien réfléchir au format. La forme extérieure vous apparente forcément à une classe d’objets comparables. Tabloïds, journaux, quotidiens, magazines, revues, annuaires… le monde du papier imprimé est peuplé de bien des espèces. Scribulations emprunte un format livre assez courant, très proche du A5 (14/21cm). On connait d’autres exemples de revues paraissant en format livre. On peut penser à « La revue littéraire », mais surtout à « Univers », cette revue de science-fiction ayant été publiée par « J’ai lu », au format habituel des autres ouvrages de SF de cet éditeur (11/16,5). Pour Scribulations, le format livre s’imposait comme valorisant pour ses auteurs mais également pour échapper au trajet domestique des revues ordinaire, qui va de la boite aux lettres à la table du salon, puis de là aux toilettes, pour finalement se faire recouvrir assez vite par d’autre trucs à lire quand on aura ce temps. Le livre suit des parcours domestiques différents. Il peut voyager en sac, s’inviter au bord du lit et finira généralement sa course plutôt sur l’étagère d’une bibliothèque, où il prendra ses marques et ressortira, dans une semaine, un mois, un an.
Du coup, on voit bien comment ce seul choix du format contraignait déjà notre contenu. Exit tout ce qui pouvait ressembler à de l’actualité littéraire, critique, édito… Il fallait opter pour de l’impérissable ou du moins pour des textes longue conservation, qu’on puisse relire un ou deux ans après sans qu’ils aient pris le goût de bouchon. Et comme un livre n’est pas qu’une dimension de couverture, nous étions également contraint par notre format de publier assez de texte pour remplir les cent cinquante à deux cents pages en deçà desquelles nous n’avons plus un livre, mais plutôt un opuscule, une brochure, un recueil.
Le titre. Les choses étant ce qu’elles sont et Google étant ce qu’il est, le choix d’un titre est très contraint par les nécessités du référencement effectué par les moteurs de recherche. En plus d’être raisonnablement original et explicité, le titre doit permettre à nos lecteurs de nous trouver sur internet dès la première page de résultat de recherche, et si possible en première position. C’est le cas pour « Scribulations », choisi parmi de nombreuses autres possibilités de titres évoquant également l’écriture, la déambulation et les aventures hasardeuses, puisqu’au moment de notre choix, les requêtes Google en langue française renvoyaient pour « Scribulations » un résultat quasi nul (4610 pages de résultats actuellement).
La ligne éditoriale. Jamais su ce que ça voulait dire précisément. Mais s’il s’agit de constater qu’à l’arrivée, Scribulations publie plutôt de la fiction, plutôt de la prose, plutôt des textes entre une et vingt cinq pages, en français et plutôt des textes qui me plaisent, alors oui, nous avons une ligne éditoriale. Sinueuse. D’ailleurs, je me sens beaucoup moins contraint pas cette « ligne éditorial » que par la nécessité de constituer un sommaire organisé en rubriques. Cette organisation classique pour toute publication périodique revêt pour Scribulations une importance particulière puisqu’il s’agit, mine de rien, en regroupant les textes et donc leurs auteurs, de rompre doucement avec ce modèle d’écrivain maudit, superbement isolé dans sa tour d’ivoire, légué par les romantiques mais finalement très encombrant. A l’opposé, Scribulations voudrait soutenir et valoriser l’écriture plaisir, l’écriture qui rapproche, l’écriture des ateliers, l’écriture qui ose courir le risque de la rencontre avec l’écriture et la lecture de l’autre.
La maquette. Qu’en dire ? J’étais assez content de la mise en page effectuée par mes soins, jusqu’à ce qu’un jeune lecteur, d’ailleurs illustrateur, me dise « On voit bien que ça n’a pas été fait par un professionnel ». (Bruit d’illusions se brisant. Ça fait un peu comme la vitre, mais en plus sourd.) Qu’à cela ne tienne mon grand, tu te charges du prochain numéro ? D’accord, acquiesça-t-il après que nous eûmes convenu d’honoraires pharaoniens. Ce jeune cré… Hûm. Ce jeune artiste plein de talents et bientôt plein de mes euros avait raison bien sûr. Nous n’avons pas du tout à rougir de l’aspect des numéros de Scribulations sortis jusque là mais je ne doute pas que le prochain sera visuellement plus cohérent, mieux structuré. Du moins si Tim consent à revenir des Bahamas où il boit sur la plage des Piña Colada du matin au soir, entouré de créatures de rêve…
Quoi d’autre dans la formule magique ? Le prix. Scribulations est vendu 10€, ni plus, ni moins. Ou alors c’est qu’on vous l’a offert. Ou que vous l’avez volé. D’ailleurs, oui, il m’en manque un. Que personne ne sorte. Dix euros, les frais d’acheminement étant à la charge de l’acheteur, c’est bien. On est au dessus du prix d’une revue, en deçà du prix d’un livre et donc dans un entre-deux qui convient tout à fait. L’impression noir&blanc. Là, outre l’idée du livre, se sont imposé aussi des nécessités plutôt économiques, mais il n’est pas exclu qu’à terme, nous puissions nous offrir quelques pages couleur. Ce serait d’autant plus intéressant que Scribulations étant assez richement illustrée, la couleur offrirait plus de possibilités, certaines oeuvres abandonnant beaucoup de leur intérêt en passant en noir&blanc. La publicité. Y’en a pas. Du moins pas sous forme d’espace payant. On fait quand même une large place aux autres publications de nos auteurs et illustrateurs. Ceci dit, si Monsieur Coca Cola me lit, je ne demande qu’à négocier.
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(Essai utilisateur/auteur)
Comme ce vendredi était pour elle celui de la dernière heure ici – Lundi, elle commence ailleurs – je suis entré dans son bureau avant de partir, pour la saluer, lui donner les trois livres préparés à son intention, sans papier cadeau, juste assemblés par un bolduc bleu. Elle a pleuré. Elle avait réussit a éviter ça jusque là, mais hier déjà, quelque larmes et aujourd’hui encore. Je lui ai donné nos deux « Scribulations » et « Photomaton », ce recueil composé par dix auteurs réunis sur le Net à partir de la proposition que je leur avais soumise : « Un personnage entre dans un photomaton. Ses photos sortent blanches. » Recueil qui avait permis de rassembler les meilleurs des cent quarante textes écrit sur le groupe MSN que j’avais ouvert à cette occasion. Recueil que j’avais finalement fait imprimer à mes frais à cinq cent exemplaires, avec l’idée que les auteurs en aient dix à eux gratuitement et qu’on puisse vendre le reste. M’en reste cent.
Du coup, me voilà chef, pour deux mois sûr, peut-être trois et si ça se trouve douze. Ha ha ! Je vais leur en faire baver des ronds de chapeau ! Non, je plaisante. On en bave déjà tous des ronds de chapeau.
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Le lecteur de voitures

Cette photo colle tellement à ce texte, écrit il y a quelques temps, que j'ai eu envie de l'exhumer...
à DeVelay
Lors d’une apparition publique, Asham B., connu jusque là pour la publication d’assez bons poèmes géométriques, déclara qu’il allait désormais écrire ses baignoires. On crut avoir mal entendu, on pensa à un lapsus, mais non. En septembre de la même année, rue de Seine, dans une galerie branchée, Asham B. exposa une dizaine de baignoires. L’intérieur de chacune était couvert d’une écriture serrée, plus dense ici, plus relâchée là…
Quelques mois plus tard, Asham B. s’était acoquiné – compromis, dirent certains – avec un grand manufacturier d’accessoires sanitaires, et présentait au siège social de ce mécène une centaine de baignoires, chacune présentant de nouveau la particularité d’être parcourue de l’intérieur par l’écriture, manuscrite et débridée ici, classique et ordonnée ailleurs. On évoqua la station de métro Concorde, et ses faïences portant lettre à lettre là déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les travaux de Ben, les graffitis sur les pissotières, les tags… La critique s’accorda pour trouver l’ensemble très intéressant. L’effet produit était en effet saisissant. L’époque était matérialiste, oublieuse de la poésie des objets ordinaires, on fit une rechute. Les journalistes spécialisés s’enthousiasmèrent, les titres d’alors en témoignent : Bain de jouvence pour la littérature ou ailleurs : Sous le signe du sanitaire.
Une chanteuse en renom assura qu’après chaque bain elle se sentait plus intelligente. Sa baignoire à elle était couverte d’une longue citation de Kant. Les mauvaises langues commentèrent que le mérite était d’autant moins grand qu’elle s’était montrée jusque là assez cruche. Chaque personne en vue voulu sa baignoire. Les plus mégalos demandèrent à l’artiste de piocher une citation dans leur œuvre propre. Il s’en vendit beaucoup, à la grande surprise d’Asham B. pour qui la littérature n’avait rapporté jusque là que des succès d’estime, mais guère d’argent. On attendait beaucoup de la suite.
Asham B. expliqua en ces termes l’enseignement qu’il tirait de cette expérience sur les baignoires. « Nous sommes cernés par les objets bavards » ou ailleurs : « La plupart des objets sont lisibles. Ça commence dès votre lever, votre savon pour peu qu’il ne soit pas trop usé, votre tube de dentifrice, votre bouteille de shampooing, tous portent de l’écrit, une marque, un mode d’emploi, des conseils d’utilisation, de lavage, des précautions d’emploi, l’indication d’une contenance, un code chiffré sous le code barre… Dès la première heure du jour l’écrit est là. Ça continue au petit déjeuner, votre paquet de céréale est bavard, votre frigo contient en écriture l’équivalent d’un petit volume imprimé. Votre cuisine est une bibliothèque. » On avait compris l’idée.
Asham B. entreprit une tournée de lectures publiques dans une chaîne de grands magasins. La mise en scène était invariablement la même. Dans l’allée centrale, sur une estrade entourée de rideaux, installée comme un petit théâtre, Asham B. lisait d’une voix chaude et prenante quelques articles piochés au hasard dans les rayons. On n’avait jamais entendu les produits comme ça. On dit volontiers de certains interprètes qu’ils pourraient chanter ou dire le Bottin. C’était vrai d’Asham B. pour les yaourts et les conserves. Des esprits chagrins se récrièrent, hurlant à l’imposture. Quoi ? On prétendait que n’importe quelle marchandise était un bien culturel ? Ceux-là avaient décidément oublié la leçon de Duchamp pour qui l’art est une situation plutôt qu’un contenu. Ils avaient oublié aussi que l’appétit, la soif de sens et de beauté ne sont pas incompatibles avec l’appétit et la soif ordinaires. D’ailleurs une mode naquit. On se mit à remplacer les jeux idiots des emballages par des extraits d’œuvres célèbres. On fit appel à des auteurs pour versifier les modes d’emploi et les suggestions de présentations.
Asham B. voulut pousser un peu plus loin sa démarche en s’attaquant à des objets plus gros. Il commença par l’automobile. Selon ce qu’il déclara à la presse à ce moment là, il eut la révélation de ce qu’il appela «le texte intérieur » en prenant de l’essence. Jetant par inadvertance un œil sur l’intérieur du bouchon de son réservoir, il aperçut le nom d’une marque, un numéro de série composé de chiffres et de lettre. Peut-être le texte intérieur se prolongeait-il tout au long des organes secrets de la machine ? Il vit là le début d’une nouvelle exploration. Se pouvait-il que les machines portent en elle, comme nous, des mots cachés à l’intérieur ? Il organisa la première lecture publique d’une automobile. Plusieurs constructeurs s’en disputèrent la primeur. Il faut dire qu’Asham B. avait acquis une certaine notoriété, ce qu’il lisait se convertissait non seulement en culture, mais aussi en argent.
Vous connaissez tous les images de cette première lecture publique d’une automobile, elles ont fait le tour du monde. Sur scène Asham B. avait au début de sa lecture côté jardin un monceau de pièces détachées, tas inorganisé de tôle, de plastique et d’éléments mécaniques. Il était entouré d’une équipe d’assistants, parmi lesquels on comptait bon nombre d’ouvriers, ceux là même qui avaient construit le véhicule. Il était surplombé d’un écran vidéo géant grâce auquel aucun détail de ce qu’il lirait ne pourrait échapper au public.
On commença en douceur en apportant pour lecture au pupitre tout ce que la voiture contenait comme notice sur papier la concernant elle ou ses accessoires. Le fascicule de l’autoradio par exemple, fut simultanément lu dans les quatre langues dans lesquelles il était imprimé. Plus tard, les pictogrammes, et notamment ceux du tableau de bord, ne posèrent un problème que très momentané. Asham B. commençait par la même incantation : Le texte intérieur n’est par forcément écrit, il peut néanmoins être lu. Chaque pictogramme apparaissait alors sur l’écran géant et la foule proposait en hurlant sa propre interprétation. Des assistants portaient un micro baladeur jusqu’aux spectateurs les plus inspirés. Grâce à la force du nombre, et de l’habitude, on vint assez vite à bout des pleins phares, feux de croisement, veilleuses, niveau d’huile insuffisant, témoin d’ouverture de porte, clignotants. Pas un logo, pas un dessin stylisé qui n’ait reçu ce soir là sa traduction en clair. Chaque pièce, retournée sous les caméras, scrutée de près, voyait la moindre référence, le moindre numéro de série scrupuleusement lus par Asham B. et la foule qui psalmodiait. Puis chaque élément était assemblé côté cour. Enfin, la silhouette d’une voiture sortit peu à peu du néant sous les incantations.
À quel moment les spectateurs (mais s’agissait-il encore de spectateurs ?) et le lecteur (mais n’était-il plus qu’un lecteur ?) Prirent-ils conscience de participer à bien autre chose qu’un show ? On a beau regarder les bandes de près, rien n’indique qu’il y ait eu un instant clé. Mais l’assemblage de la dernière pièce s’opéra dans un état avancé de transe collective. Se rappelait-on confusément que pour invoquer les démons, et pour les exorciser, il fallait connaître leur nom et le dire à haute voix ? Certains ont-ils pensé au golem, cette créature de boue qu’un mot écrit sur son front animait ? Se souvint-on plus benoîtement que notre naissance aussi s’était accompagnée du nom qu’on porte, que ce texte intérieur nous était propre et que par lui nous étions venus au monde ?
Ce qui suivit ne fut en rien spectaculaire et il n’y eut pourtant rien de plus important dans le siècle. Toutes les personnes présentes ce soir là eurent clairement conscience de ce qui arrivait. Plus rien ne serait jamais comme avant. Tout le texte intérieur de cette automobile avait été lu à haute voix, chacune de ses pièces assemblées. Elle était là, parmi nous, avec nous, ce fut la première automobile dotée d’une conscience, et c’était ma mère.
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(Ce texte a été publié dans le recueil « Routes enlacées », paru aux éditions « La Madolière », mais il est épuisé.)



