Les Huns dealent au soleil

Aphorimes et périls…

Archives de mai 2009

Tongs arc-en-ciel et nostalgie

avec 3 commentaires

 

Tongs Havaianas

 

Lettrine (O arc en ciel)n reconnaîtra sans peine dans l’image ci-dessus l’assortiment de tongs Havaianas dans lequel Félicité Pipelette – actuellement en train de barboter au Brésil (au Brésil !) – promet de piocher la récompense du concours de textes qu’elle lance sur son blog (Cf. la note « État d’urgence » et « Do you speak Pipelette ? » )

 

 Cet « arc en ciel de tongs » m’a plongé dans la nostalgie de mes boîtes de crayons de couleur et plus précisément au moment (délicieux) où je voulais les ranger « dans l’ordre », c’est-à-dire en composant avec eux une continuité la plus agréable possible à l’œil. Quiconque s’est déjà lancé dans l’exercice sait bien que celui-ci est d’autant plus facile que les crayons sont nombreux. Mais ce même quiconque sait également que plusieurs solutions restent toujours possibles et qu’aucune n’est jamais totalement satisfaisante.

 

Le modèle de référence, celui que nous avons tous plus ou moins en tête, reste celui de l’arc en ciel, le vrai, celui du soleil sur la pluie. Il organise la transition entre l’indigo et le rouge, en passant par le bleu, le vert, le jaune et l’oranger. Mais on sait bien que ce découpage en six couleurs est arbitraire, la transition entre chaque pouvant légitimement être occupée par une couleur supplémentaire. On pourra donc à bon droit penser que l’arc en ciel est composé de sept, douze et finalement autant de couleurs que vous voulez.

 

La boite de crayons de couleurs permet de s’affranchir un peu du modèle puisque rien n’y oblige à « commencer » par les violets pour « finir » par les rouges. Il peut apparaître pratique, ou juste séduisant, de faire se succéder ces deux là quelque part vers le milieu.

 

Caran d'Ache (boite originelle)

On voit bien là que nous sommes dans une fiction, vu que cette boite était à mon frère. Certes, il me l'a donnée depuis... Alors disons que c'est lui qui aurait pu écrire ce billet et n'en parlons plus.


 

 

Ma boite de « Caran d’Ache »  (oui oui, c’est un scan maladroit de la VRAIE ! ) présentait la difficulté particulière des crayons « argent » et « or ». Fallait-il les laisser à part en les isolant à un bout ou un autre, comme le propose d’ailleurs le rangement d’origine imprimé sur la boite ? Ou au contraire, fallait-il tenter de glisser ni vu ni connu l’argent dans les gris et l’or dans les jaunes pour les faire rentrer dans le rang ? Splendide isolement, préservation de la différence, intégration, participation à l’arc en ciel commun… On voit vite d’épineuses questions éthiques pointer le bout de leur mine.

 

Un coup d’œil rapide trouvera le rangement Caran d’Ache assez satisfaisant. Il ne doit pourtant pas faire illusion : il reste un compromis. À ce titre, il est éminemment critiquable dans ses choix. Ce qu’il montre aussi, c’est qu’il est de toute façon difficile de ne pas donner de sentiment de « rupture » d’un crayon à l’autre.

 

Concernant l’or et l’argent, on va vu que Caran-d’Ache les avait isolé à l’extrême droite, normal, mais si vous regardez bien, avant ces deux là, une autre série de quatre crayons est un peu à part : celle allant du blanc au noir en passant par un gris clair et un gris foncé. On sent l’intention pédagogique. Ces crayons là, à cette place là, affirment la différence entre « valeur » et « couleur » Nous avons tous en tête quelque leçon d’art plastique affirmant à nos oreilles incrédules que ni le noir ni le blanc n’étaient des couleurs. Au rayon des conneries dont on nous a gavé, j’ai encore en tête mon instit de CP-CE1 affirmant qu’il n’y avait pas de noir pur dans la nature – ben voyons- ni de ligne parfaitement droite d’ailleurs. Oui, c’est le même qui me rationnait en buvard – je les mangeais. Le même qui écrivait sur mon cahier du jour, à la suite d’une de mes expériences malheureuses : « C’est nouveau : Jean-Marie BOIT DE L’ENCRE ». Ce à quoi ma mère avait répondu : « Vu la façon dont son cahier est tenu, il doit en recracher une partie ! » On a de qui tenir.

 

À bien y regarder, l’arrangement « officiel » des quarante crayons Caran d’Ache se présente comme une tentative de réunir sans trop de hiatus deux séries continues. On retrouve donc la plupart des couleurs deux fois, dans un ton moins soutenu la deuxième fois. Mais cette belle continuité se casse un peu la gueule sur la fin, la transition pistache/café me paraissant un peu raide. Et que dire après de l’inexplicable (voire scandaleux) marron/bleu/vert qui précède le blanc ?

 

Mais revenons à nos tongs. Organiser leur continuité chromatique promet d’être délicat puisqu’elles ne sont que dix et qu’on se propose, en plus, de les arranger en cercle, cette figure n’ayant par définition pas d’extrémité. Comment Madame Havaianas s’en sort-elle ?

 

Mal. La succession rouge/orange/jaune est assez satisfaisante, mais elle est précédée de la tong verte, qui craint. L’arrangement allant de la tong noire à la bleu clair est assez satisfaisant lui aussi en ce qu’il joue à la fois sur la couleur – on reste dans les bleus ou quasi-bleu – et sur la valeur puisqu’on passe assez continûment du foncé au clair. Mais après, là encore, cette putain de tong verte fout le bordel. Les tongs jaune, rose et blanches ont manifestement été regroupées parce qu’elles étaient dans des tons clairs. Mais alors, pourquoi ne pas y faire figurer la bleu ciel ? Comme dans l’arrangement Caran-d’Ache, la noire et la blanche se retrouvent ensemble, mais cet escalier des valeurs n’ayant ici que deux marches, il me semble un peu casse-gueule. Finalement, je me demande si la rose n’irait pas mieux entre la bleu clair et la rouge ce qui permettrait de mettre la verte après la jaune ? Certes, la transition vert/blanc serait alors un peu raide… Bouge pas, j’essaye.

 

Tongs Havaianas réarangées

 

Rhô, ben c’est pas pire.

 

Après ? Après il m’a fallu plus de crayons de couleur. Je crois même qu’à un moment, il me les fallait tous. Je suis passé aux Faber-Castell, autre très bonne marque, que mon dealer me proposait à l’unité. Je les rangeais en vrac dans une valisette. Faut-il voir là une leçon conjointe de Caran-d’Ache et de l’arc en ciel réunis, à savoir que toute tentative d’organisation et de rangement est vaine, puisqu’elle se solde nécessairement par un compromis pas complètement satisfaisant ? Toujours est-il que je n’ai plus jamais rangé mes crayons qu’en vrac. Le reste aussi ajouterait ma mère.

 

 

 

 Tongs Havaianas deuxième arangement

Rédigé par jimidi

31 mai 2009 à 14:48

Publié dans prose obsessionnelle

Mars fin mai

sans commentaires

 

Cratère Victoria (vue satelitte couleur)

Cratère Victoria (dunes au contraste un peu forcé)

 

Lettrine (O cratère Victoria)ui, je sais, je vous ai déjà parlé de Mars, et plus précisément du Cratère Victoria. C’était dans un petit article titré « Labyrinthe de la nuit ». Je trouve toujours incroyable et fascinant le dessin formé par les dunes du fond. Ça donne terriblement envie d’y aller voir de près, non ?  Mais du coup, je me suis demandé quelle pouvait bien être la taille de ces dunes ? Faut-il compter leur hauteur en centimètres, mètres, kilomètres ?

 

Mètres. Je dirais autour d’un mètre pour les plus hautes. Le cratère lui-même a un diamètre d’environ 750m, soit trois fois le stade de France et les escarpements rocheux, sur ses bords, environ 6 mètres de haut. C’est ce qui ressort d’une balade sur l’excellent orbit-mars, (un blog clone de futura-science.com) dont la galerie d’images martiennes est particulièrement abondante.

Cratère Victoria (vue latérale noir et blanc avec silhouettes)

(Sur cette photo, des silhouettes ont été ajoutées pour donner l’échelle)

 

Pour retrouver cette galerie, c’est un peu plus simple que d’aller sur Mars : Onglet « Galerie d’images » sur la page d’accueil du site, puis « entrer dans la galerie » puis « Les photos du robot Opportunity ». La superbe photo du cratère Victoria est page 4. Elle n’a pas été prise par le robot en question mais par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter. Ben oui, on ne peut pas être au four et au moulin, autrement dit, dans le ciel de Mars ET au bord du cratère Victoria.

 

Comment se sont formées ces dunes ? Datent-elles d’une époque où Mars avait une atmosphère ?

 

Tiens, tiens ? Je vous sens légèrement embarqués…

 

 

 

 

Rédigé par jimidi

31 mai 2009 à 11:46

Publié dans Balades, Choses vues

La BD est son église et Moebius son dieu : Bruno Bellamy

avec 2 commentaires

(P’tain ! Encore un qui répond pas ! Perso, je veux bien que les contenus soient protégés et que rien ne soit reproductible sans autorisation, mais quand tu les demandes, les autorisations, personne ne répond ! Bon, on va dire que pour ses textes, les dispositions souhaitées par Bruno Bellamy sont les mêmes que pour ses dessins = qu’un lien renvoie vers son blog… Bruno, si tu me lis et si la publication de cette touchante histoire ici pose un problème, dis-le et je l’ôte.)

 

BB2

 

Furetant ça et la sur le Web à la recherche de trucs et de machins susceptibles d’alimenter la page « Moebius, dieu vivant » (Cf. plus loin, plus bas, avant) je suis tombé sur ce récit, qui m’a semblé pouvoir ajouter à la légende de Moebius, en soulignant une de ses qualités, dont on parle peu : il est contagieux.

 

 

 

 

S’il y a un auteur par excellence qui m’a influencé, c’est bien lui! Et pas qu’un peu : c’est lui qui m’a donné envie de faire de la bande dessinée… Il était donc indispensable que je lui consacre une page de mon site! Seulement voilà : qu’y dire ? Comment rendre hommage de juste manière à celui grâce à qui – quand bien même ceci s’est fait sans aucune préméditation de sa part, évidemment – j’ai pu commencer à trouver ma voie ?… J’ai bien pensé, au début, à une bio, voire bibliographie qui aurait permis à ceux qui ne connaissaient pas encore ses travaux (il paraît qu’il y en a !) de les découvrir, mais après tout, bien des sites de fans ou consacrés à la BD en général, se sont déjà chargés de cette tâche, et mieux que je n’aurais su le faire… Me répandre en louanges sur son oeuvre et sa démarche artistique aurait été un peu stérile et qui plus est un peu hypocrite, car après tout je ne suis pas non plus inconditionnel de TOUT ce qu’il a fait, et une page de pur déballage d’admiration n’aurait sans aucun doute pas présenté le moindre intérêt, ni pour les visiteurs de cette page ni pour celui à qui elle est dédiée: Jean Giraud, alias Gir, alias Moebius, qui doit -j’imagine – avoir déjà eu largement sa dose de félicitations et de gratitude, assez pour attendre sans doute quelque chose d’un peu plus original…

 …et puis j’ai eu un déclic !

Je me suis souvenu d’un épisode de ma vie qui a eu pour moi une certaine importance, qui était tout particulièrement lié à Moebius, et qui présentait une caractéristique non négligeable qui justifiait qu’il fût relaté ici même : cette petite histoire, qui parle de Moebius et qui semblait attendre d’être racontée dans la page que j’ai créée pour lui, en plus d’être insolite et de sembler ouvrir une fenêtre imprévue entre le rêve et la réalité, un peu à la manière des histoires de Moebius, est une histoire de boucle, comme ce ruban qui se retourne sur lui-même pour, des deux faces, n’en faire plus qu’une…

Il y a belle lurette – j’avais alors 15 ans -, outre le temps que je passais à dessiner (j’avais déjà chopé le virus depuis longtemps !), j’occupais mon temps libre à confectionner des maquettes science-fictionnesques et délirantes, en mixant des fragments de modèles réduits en plastique d’avions, de chars d’assaut, de voitures et de toutes sortes d’engins…

Je créais ainsi divers vaisseaux spatiaux et véhicules futuristes, totalement imaginaires ou inspirés des oeuvres du genre dont j’étais particulièrement friand (c’était l’époque de La Guerre des Etoiles et de Blade Runner…).

Mais un jour, j’en ai eu assez des créations erratiques. J’ai décidé d’entreprendre quelque chose de plus pensé, de plus élaboré… J’ai donc commencé à tracer des plans, à rassembler et classer toutes sortes de pièces et à imaginer une maquette beaucoup plus sophistiquée que les autres. Mon but était de faire la maquette d’une machine à voyager dans le temps ! En plus de stocker les bouts de maquettes, les morceaux d’emballage plastique, les réflecteurs d’ampoules de flash et les débris d’appareils électroniques déglingués, j’avais mené des recherches sur le sujet pour assurer la crédibilité de mon engin : je m’étais documenté sur l’utilisation des champs magnétiques, sur les phénomènes aux vitesses voisines de celle de la lumière, sur le fonctionnement des accélérateurs de particules et le comportement des quarks… Vint le moment où, une fois le projet mis au point, je me suis dit qu’une telle réalisation méritait un décor à sa mesure… Il fallait donc réfléchir à une mise en scène, à un environnement. Situer le véhicule dans un épisode clairement reconnaissable du passé de la Terre pouvait être assez parlant, mais vraiment pas original. Figurer un environnement futur permettait d’avantage de fantaisie, mais me semblait encore un peu trop “premier degré”. Non, il fallait quelque chose de vraiment significatif du voyage dans le temps. Il fallait représenter l’engin au cours de son trajet dans le non-espace hors du continuum connu, “quelque part” en marge du temps… Il fallait montrer l’intemporel ! Mais là, évidemment, problème : à quoi ça ressemble, ce trucmuche?

Quelques mois plus tôt, je venais de découvrir, avec surprise et ravissement, que la bande dessinée pouvait être autre chose qu’Astérix ou Achille Talon… J’avais lu des BD de Moebius ! Wow! Le choc… Déjà, là, je m’étais dit : “Mais alors, si la BD ça peut être ça, peut-être que moi aussi, quand je serai grand, je pourrais, heu…” etc., etc… Alors évidemment, en matière de créativité et d’imaginaire, ma référence était assez nettement moebiusienne ! Très logiquement, je me suis dit : si je n’arrive pas à imaginer à quoi peut bien ressembler l’intemporel, Moebius, lui, il saura, forcément… Et donc, illico, j’ai fait des photocopies des plans de mon engin, expliqué poliment et épistolairement mon problème à l’intention du Maître, et expédié le tout par la poste, aux bons soins de son éditeur.

…un mois passa.  Et puis, alors que je n’y croyais plus (c’est vrai qu’il doit recevoir un max de courrier…), surprise: une lettre de Moebius ! Wouah eh, sans blague, j’y crois pas ? ! Bon, la lettre n’apportait pas vraiment de réponse à ma question, et il était bien trop occupé pour passer du temps à me dessiner une vue en couleurs de l’intemporel dans toute sa splendeur, mais quand même, c’était déjà fabuleux d’avoir une lettre d’un artiste que j’admirais autant, et en plus ce qu’il me disait était drôlement sympa, parce que visiblement ma recherche lui avait plu et qu’il m’encourageait à persévérer…

J’étais sur un petit nuage!…

…dont, petit à petit, le temps passant, je suis redescendu, pour affronter les rigueurs de la vie : les galères du lycée, l’adolescence qui n’en finit pas de ne pas se terminer, l’angoisse de louper le bac, les espoirs déçus à ne plus savoir qu’en faire, les études dites “supérieures” qui n’apprennent rien, les filles sur lesquelles ont n’aurait sans doute préféré ne pas en apprendre autant, les problèmes de boulot, les erreurs qu’il faut bien assumer, la malhonnêteté qu’il faut bien supporter… Bien des choses, en somme, face auxquelles mes espoirs d’ado pouvaient difficilement survivre. Ma merveilleuse machine à explorer le temps était restée en pièces détachées et prenait la poussière dans un grenier. Pour tout dire, je l’avais complètement oubliée… Mes rêves d’aventure fantastique semblaient bien s’être évanouis.

Progressivement, mon parcours sembla reprendre un sens : après quelques années de travail passionnant mais éprouvant dans l’illustration de presse, ma collaboration avec Marc Bati me permettait enfin de pouvoir réaliser mon rêve le plus cher : faire enfin de la bande dessinée ! Le synopsis des 5 mondes de Sylfeline, mon premier album, était bouclé et les cinq premières planches étaient dessinées et mises en couleurs. Rendez-vous était pris chez l’éditeur, que l’on devait rencontrer en fin d’après-midi. Seulement voilà : Bati m’avait réservé une surprise… Avant de se rendre chez l’éditeur, nous avons fait un petit détour. Marc m’emmenait montrer nos pages, au préalable, à… Moebius ! J’étais drôlement intimidé, mais sacrément content, et surtout…

Tilt!…D’un seul coup, ça m’est revenu : je me suis souvenu de ma machine à voyager dans le temps… Bon sang, c’était il y avait un bail ! C’était, heu… Je pouvais retrouver l’année (je venais de finir ma classe de troisième), et même le mois et le jour, puisque je me souvenais très bien que c’était le soir du dernier jour de l’année scolaire que j’avais écrit ma lettre à Moebius pour lui expliquer mon problème au sujet de l’intemporel. Mais… Incroyable! C’était EXACTEMENT DIX ANS PLUS TOT, jour pour jour!…

Evidemment, quand nous nous sommes rencontrés, cet après-midi là, je n’ai pas pu résister à l’envie de lui raconter mon histoire… Eh bien lui aussi, il se souvenait de ma lettre d’il y avait dix ans! Et nous voilà partis, au lieu de discuter bien sagement dessin et B.D, à parler de l’intemporel et de la destinée, à poursuivre une conversation entamée une décennie plus tôt, exactement comme si nous ne nous étions interrompus que dix minutes avant…  Et là, j’ai vraiment eu l’impression qu’il s’était passé quelque chose de magique… Ca m’a fait penser au roman de H.G. Wells, quand le créateur de la machine à explorer le temps veut convaincre ses collègues incrédules que son prototype fonctionne. Il en a réalisé un modèle réduit, qu’il met en marche devant eux… L’engin disparaît et, bien entendu, tous croient à un tour de passe-passe, alors que l’appareil a bien disparu hors du temps, pour réapparaître plus tard, à un rendez-vous fixé. Eh bien tout s’était passé comme si ma machine à voyager dans le temps avait vraiment marché! Il semblait que, à ce moment là je reprenais réellement contact avec mes rêves de gosse et avec les buts que je m’étais fixés à cette lointaine époque où j’avais découvert ma vocation en lisant les BD de Moebius. C’était comme si tout ce qui était vraiment précieux pour moi dans le passé avait été soigneusement rangé dans le coffre à bagages de ma machine, qu’elle avait disparu à l’époque, et m’avait livré le tout, intact, préservé des galères que j’avais dû supporter entre temps et auxquelles mes espoirs auraient difficilement résisté, à un rendez-vous fixé très précisément dix ans plus tard, jour pour jour…

Peut-être bien que cette machine représentait tellement la quintessence de mes espoirs, que je m’étais conditionné mentalement pour les préserver jusqu’au moment où j’aurai la chance de pouvoir les réaliser, mais peut-être bien aussi qu’il y a vraiment de la magie dans cette vie… …même si l’on s’obstine à ne voir dans ce genre de choses que des coïncidences qui peuvent toujours être interprétées d’une façon plus ou moins poétique.

Je n’ai pas de réponse toute faite sur ce sujet. Non pas que je sois superstitieux ou rationaliste intégriste… C’est juste que je n’aime pas les réponses toutes faites… Mais d’une manière ou d’une autre, je peux affirmer que ma machine à voyager dans le temps (je parle bien sûr de la version “interne”, pas de la maquette en plastique) a bel et bien fonctionné! Il paraîtra sans doute un peu loufoque que je raconte dans cette page, qui est en principe consacrée à quelqu’un d’autre, un bout de ma propre histoire, mais je trouve justement que c’est une histoire “à la Moebius”, dont l’idée de départ repose sur la nécessité de rendre visible quelque chose qui semble, a priori, inimaginable. Or c’est ce talent-là que Moebius a su développer, et c’est la même ambition qu’il a fait naître en moi. Alors il m’a semblé que la meilleure façon de lui rendre hommage était de raconter comment et pourquoi, dans l’esprit de ce que j’ai appris en lisant ses BD, je trouve qu’il est si important de comprendre qu’imaginaire et réalité sont si étroitement liés…

Comme deux faces d’un même univers, qui finissent par se rejoindre, à la manière d’un ruban de Moebius…

 

 

Bruno Bellamy

 

 

(Vous pourrez retrouver une version illustrée de ce récit à cet endroit, et plus généralement, le travail de Bruno Bellamy sur son blog et sur l’autre blog consacré à son album “Showergate“)

 

Rédigé par jimidi

30 mai 2009 à 14:11

État d’urgence : il faut sauver Mister P.

avec 6 commentaires

Lettrine (C Brésil)omme vous le savez inévitablement, à moins que vous ayez passé le mois dernier en stage survie au Botswana ou seule au fond d’un gouffre pour une expérience d’isolement sensoriel, Félicité Pipelette est au Brésil (au Brésil !) On croyait avoir la paix pendant ce temps là, mais pense-tu ! Elle réussit régulièrement à se connecter pour nous faire suivre de flaque en flaque son voyage erratique. Je ne parle pas de « Naufrage itinérant », mais c’est par pure charité. D’ailleurs c’est bien simple, au Brésil, il ne pleut que là où elle est. Elle ne va sans doute pas rester assez longtemps pour exploiter cet incroyable talent mais c’est dommage. Il y certainement au Brésil ou dans sa proche banlieue, des zones souffrant de sécheresse chronique prête à lui faire un pont d’or. Parce que Félicité c’est un peu notre Susan Boyle de la rincée. Là où elle passe, rien ne sèche. Y’a des gens qui attirent la foudre, elle c’est l’averse. Depuis la dernière glaciation, c’est quand même la première année où le Brésil est touché par la mousson. A mon avis, elle n’a pas trop de souci à se faire même si elle perd son billet de retour, ils vont te me nous la rapatrier d’urgence avant le débordement catastrophique des cours d’eau. Elle est même capable de faire pleuvoir dans l’avion du retour. Félicité, c’est un changement climatique à elle toute seule. Y’a des gens qui font la pluie et le beau temps, elle c’est la pluie. On avait madame soleil, on a désormais Melle Cumulo-ninbus. Une spécialiste de la précipitation. Elle a un grain. À son passage l’aiguille des hygromètres s’affole. Bob l’éponge est son plus grand fan. On ne sait pas trop à qui attribuer l’expression « Après moi le déluge », mais « Avec moi le déluge » n’appartient qu’à elle. Elle ferait un malheur dans le Sahel subsaharien. Le Roi Soleil avait lancé « L’État c’est moi ! », pour Melle Pluie Torrentielle & ininterrompue, on serait plutôt sur « L’état c’est moite ».

 

 Et voilà qu’elle s’est mise en tête d’organiser un concours. Il s’agirait de lui envoyer des post pour son blog, celui recueillant le plus de commentaires gagnerait une paire de tongues, couleur à choisir, taille à préciser, modèle unique. Ce qu’elle ne dit pas, c’est qu’elle a eu le lot pour rien. Il lui a été offert par un fabriquant essayant de sauver sa saison. Il s’est reconverti dare-dare à son arrivée dans la botte en caoutchouc, tellement plus tendance au Brésil cette année.

 

Ce qu’elle ne dit pas non plus, c’est que son blog est devenue sa seule planche de salut. Car qui dit blog dit cybercafés, et donc ordinateurs, tournant tous à plein régime, asséchant un peu l’atmosphère autour d’elle. Non parce elle, elle s’en fout, elle n’a jamais eu l’occasion de vraiment quitter l’élément liquide, mais pensez à l’entourage ! Pensez à ce pauvre M. Perfect. Il va finir par se réveiller avec du lichen entre les doigts. Si ça se trouve, des champignons lui poussent déjà. Il va nous rentrer tout fripé, tout flapi, suintant de solitude.

 

Donc oui, il faut participer à ce concours à la con. Vite. Si vous ne le faites pas pour les tatanes, si vous ne le faites pas pour elle, faites le pour lui. Il y a urgence sanitaire. Il faut impérativement qu’il sèche un peu entre deux averses et pendant qu’elle nous lira, il pourra évaporer. Il y a urgence vous dis-je. Rincé par toute cette eau douce depuis des semaines, il a déjà perdu une bonne partie de son calcaire. Il s’amenuise du squelette, il se liquéfie Perfect. Seules ses parties molles se gorgent de liquide. Il vire céphalopode. Il va bientôt tourner méduse, perdre toute forme humaine. On va finir par le récupérer à la petite cuillère, au buvard aux côtés de Félicité Pipette. Il ne pourra bientôt plus voyager que dans le sens de la pente. J’espère qu’il sait faire du vau-l’eau. Il ne paiera plus qu’en liquide. N’attendez pas, ou il va revenir en Tupperware. Pour Willy, c’est fait, il faut désormais sauver M. Perfect et pour cela, un seul moyen, extrême, coûteux, exigeant, à côté duquel les missions Apollo ont l’air d’une plaisanterie : envoyer des textes à felicitepipelette@gmail.com, mais plein. Des textes d’une sécheresse absolue, d’une aridité de kouglof, des textes sopalin, des textes mettant en scène, je sais pas moi, un déshumidificateur anorexique et un sèche-cheveux en chaleur, sur fond de mer d’Aral. Des textes qui donnent soif, des textes craquelés, des textes conservés depuis des lustres dans du journal, entre deux pages du “Désert des Tartares”, façon herbier. Préférer les textes creux à ceux pompés sur d’autres, les textes vides de sens plutôt que siphonnés. D’avance merci.

 

  

Rédigé par jimidi

29 mai 2009 à 21:14

Publié dans Balades, écriture

Le voyage de Félicité Pipelette et M. Perfect au Brésil (P’tain ! Faut TOUT faire soi-même ! )

sans commentaires

félicité pipelette au brésil 2

Rédigé par jimidi

28 mai 2009 à 19:41

Publié dans Balades

P’tit blog sympa

avec un commentaire

 

 

 

che-he-ze !

 

Che-eh-ze ! P’tit blog sympa dont j’aime beaucoup l’aspect, l’idée, le ton… ♣

(Tiens,  je n’avais jamais essayé, mais on peut tout à fait associer un lien à une image. Donc le petit logo bricolé vite fait est cliquable…)

 

 

Rédigé par jimidi

23 mai 2009 à 22:27

Publié dans Balades

Le Caucase, et après ?

sans commentaires

Caucase 5

 

 

lettrine (J bleu)e ne sais pas ce qu’ils ont tous à se barrer, mais pendant que Félicité Pipelette est au Brésil (au Brésil !) avec Mr Perfect, le fils de Dominique est parti avec sa chérie pour un tour de monde de trois ans à pied et en vélo. Vous ne connaissez pas Dominique ? Bah, je ne connais pas son fils. Nous voilà à égalité. N’empêche qu’ils tiennent un blog les petits, et qu’ils étaient il y a peu au Caucase, d’où la photo. Après ? le Kazaktstan, la Mongolie, puis… Vous pouvez les retrouvez tout autour du monde à cette adresse : Terre de paysages. (Je vous conseille les albums photos. Ça embarque bien.)

 

 

Et pendant ce temps là, qui c’est qui garde la maison, hein ? C’est kiki !

 

 

Rédigé par jimidi

23 mai 2009 à 17:12

Publié dans Balades

Snuff movie, happy slapping et télé-réalité, même combat !

avec 4 commentaires

 

Puis il saute à pieds joints sur la tête du type peut-être déjà mort. Je précise ce détail scabreux pour qu’on sache bien de quelle vidéo nous parlons. Il ne s’agit donc pas de la précédente – passée au 20h de TF1 – ce passager d’un bus roué de coups sans que ni les autres voyageurs ni le chauffeur n’interviennent (ils ont des consignes), ni la prochaine où de jeunes anti-sarkozystes de la deuxième génération crucifient une petite vieille après avoir empalé son chien.

 

 

Cette vidéo nous est présentée comme « vraie ». C’est-à-dire que ce qui reste une série d’images, use des moyens nécessaires et suffisants pour qu’on puisse croire que la représentation à laquelle on assiste a été un fait divers réel. Ces moyens de « faire vrai » sont souvent sommaires. Paradoxalement, plus l’image à l’air cadrée par un type doté d’une jambe de vingt centimètre plus courte que l’autre, ayant enduit de vaseline l’objectif d’un téléphone portable d’occasion coincé en mode vibreur, plus on y croit. Le « Projet Blair Witch » nous avait très efficacement fait le coup de ce « faux-vrai » mis au service d’une fiction : ça marche et nous marchons.

 

 

Ici, le « vrai » nous donne l’excuse d’y croire, d’adhérer plus immédiatement à ce que nous voyons et de trembler un peu plus vite mais nous n’avons souvent pas besoin de ça par exemple pour nous envoler avec un type capé/gominé portant un slip rouge par-dessus son collant bleu. Nous décollons assez volontiers. Nous étions déjà bon public, avec Internet nous sommes en plus grand public.

 

 

Je n’ai pas cherché, mais on trouvera certainement des internautes dubitatifs.com mettant en cause la réalité de ce fait divers et/ou les conditions de tournage de cette vidéo. Mais là, nous ne sommes pas mollement assis entre deux enceintes dolby stéréo, dans cet état de disponibilité béate où nous plonge la pénombre et la perspective de voir un bon film avec pop-corn. Tu préfères chips ? Alors chips. On est au boulot en train de se détendre entre deux rendez-vous super importants, à la maison en train de regarder ses mails pendant que les enfants font leurs devoirs, bref, dans la vraie vie, celle avec des angles, et paf.

 

 

Car ce que vient nous rappeler cette vidéo, c’est que l’horreur existe. En fiction, en réalité, en pensée en parole et en action, elle existe. On tente de se rassurer, le mécanisme le plus sûr étant encore la mise à distance. On voudrait mettre entre l’horreur et nous une distance de mots – c’est exactement ce que je suis en train de faire – une distance de temps : la violence du fond des âges, une distance géographique : les guerres d’ailleurs ; une distance historico-politique bien épaisse, bien opaque : la barbarie nazie. Mais rien n’y fait vraiment parce que cette vidéo vient nous montrer ce qu’au fond nous savons déjà : cette violence susceptible de nous faire basculer dans l’horreur, tu l’as bien rangée dans son sac à main ma chérie, tu la transporte avec tes manuels scolaires mon lapin, elle est à sa place dans ton attaché-case mon grand. Elle est dès lors susceptible de te déborder, ou de te tomber dessus. En 1985 (je vous donne une date pour faire plus vrai. C’était peut-être en 1984, ou 1986. Je me rappelle juste que c’était un mardi.) je revenais tranquille en soirée à pied chez moi après mon service, quand deux jeunes gens me sont tombés dessus et m’ont roué de coups pour finalement me laisser là, sur un trottoir de Roubaix. Ils ne m’ont ni particulièrement volé ni particulièrement expliqué le pourquoi du comment, juste savaté la tronche. Il y a quelques jours, le collègue qui voulait me montrer la vidéo dont à laquelle je vous cause s’est interposé l’année dernière entre en jeune et un éducateur dans l’établissement où il travaillait avant. Il a fini par terre roué de coups de pieds. Oui, je sais, c’est bien parce qu’il a été traumatisé que cette vidéo a eu un tel impact sur lui et c’est bien parce qu’il renouait alors avec sa réalité à lui qu’il voulait, puisque nous sommes proches, la partager comme on partage un fardeau. Mais d’être porté par plusieurs épaules, le fardeau de l’horreur ne s’alourdit-il pas plutôt que de s’alléger ?

 

 

La violence, ça arrive à des gens très biens. Hier mon éditrice m’a transmis une invitation à participer à un groupe Facebook intitulé : « Et ton clignotant, connard ! » Vous me direz, il ne faut pas tout confondre, y’a des degrés. Je suis d’accord. Toutes les violences ne nous font pas basculer dans l’horreur, n’en déplaise aux tenant des politiques sécuritaires manipulant tout ce qui pourrait laisser penser le contraire. Il n’est d’ailleurs pas exclu que cette vidéo, qu’elle le veuille ou non, servent de tels intérêts : « Ça » se rapproche ma bonne Ginette. VOUS êtes peut-être la prochaine victime ! Donc perso, je ne crois pas qu’une fessée infligée à un gamin momentanément insupportable nous mette au ban de l’humanité et je ne suis même pas loin de penser que nos expériences violentes – attention ça glisse : ok, quand elles n’envoient personne ni à l’hôpital ni sur le divan – peuvent avoir valeur de « vaccin ». D’ailleurs, il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que je reconnaisse au sport l’intérêt complètement basique d’expérimenter – dans un cadre ô combien réglementé – qu’un coup, putain, ça fait mal ! (Non, mais moi, non. Pour l’option « activité à risque » j’avais pris Scrabble, alors tu penses…)

 

 

Reste que notre violence fait peur et qu’elle nous fait d’autant plus peur que nous l’expérimentons de moins en moins. Je parle pour ceux qui ne roulent pas ou peu en voiture et qui ne sont pas ou peu au chômage bien sûr. Mais nous la portons, sous des formes variées, élaborées, allant de la petite pensée jubilatoire au grand fantasme libératoire, en passant par la petite vexation derrière la tête et le torrent d’injures vomi par la vitre baissée, le tout soutenu, vous en conviendrez, par une production littéraire et cinématographique pour le moins abondante. Ce n’est pas Stephen King dont je suis en train de relire « Le fléau » qui me contredira.

 

 

Ces images, avant que la vidéo nous en fasse la piqûre de rappel, nous les avions en tête et ce type sautant à pied joint sur la tête de sa victime aussi. Ce geste monstrueux, il a bien fallu qu’il l’élabore. Pas nécessairement consciemment, pas forcément dans le détail, mais il n’a eu qu’à piocher dans l’inépuisable stock d’horreurs de notre côté obscure, qu’à mélanger pour une improvisation de circonstance les ingrédients très disponibles dont vous et moi sommes composés. Surtout vous, il faut bien le dire. Je ne sais pas si cet abruti était « dans son état normal » ou s’il avait pris des trucs, peut-être les deux, hélas, mais ce qu’on peut affirmer sans risque de se tromper, c’est qu’il a une mère, une famille, une histoire et qu’il affirmera à ses juges, sincèrement si ça se trouve, qu’il ne « comprend absolument pas ce qui s’est passé. »

 

 

Il s’est passé qu’un jour, une vidéo de surveillance filmait en direct notre part de ténèbres.

 

 

Rédigé par jimidi

23 mai 2009 à 10:33

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Et il fait quoi, demain ?

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Demain ? Sans doute un mot sur le collectif « Encore heureux » qui, comme son nom ne l’indique pas forcément à première vue, est une agence d’architecture et de design, qui propose – entre autre – comme vous avez pu le voir sur Netkulture, de greffer des éoliennes sur ce qu’un usage métonymique pratique appelle les « pylônes électriques ». Sans doute un mot aussi – contrasté, du coup (si j’ose dire) – sur cette énième vidéo ultra-violente qui circule sur le Net comme chez elle, qu’un collègue voulait me montrer. J’ai refusé. ♣

Rédigé par jimidi

22 mai 2009 à 23:42

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Palais Royal

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Lettrine (A double)ta place, j’abandonnerais la pose, le masque, une minute. Tu sais, le temps passe… Dis moi que tu m’aimes. Sur la place c’est pas tout à fait Montréal mais y a d’la neige au Palais Royal. Dis moi que… Si même tu hésites encore ! Regarde le décor : le soir descend et nos regards s’éclairent. L’hiver très tôt allume ses lumières et les jardins, témoins involontaires d’un amour qui commence à se faire.

Avant toi mon cœur battait au ralenti à faire semblant, à faire comme si, pour y croire quand même. Je sens, je sais que c’est le moment où jamais, le jour qui tourne au gris bleuté, l’heure tant rêvée… (Les manèges arrêtés ça m’rappelle quelque chose !) Le soir descend et nos regards s’éclairent. L’hiver, très tôt, allume ses lumières et nos sourires, échange involontaire d’un amour qui commence à se faire.

 

 

Jay Alanski (Mis en musique par Alain Chamfort)

 

 

Rédigé par jimidi

22 mai 2009 à 16:11

Publié dans Ballades