Les Huns dealent au soleil

Aphorimes et périls…

Comment j’ai bu de l’encre

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jean marie petit (500)

L'auteur, à l'âge des exploits racontés dans cet article...

 

école 1

J'ai eu ce même porte plume. Nos plumes "ordinaires" étaient des Sergent Major (celle du milieu) mais j'ai utilisé les deux autres également, mais plus tard.

 

Nous sommes en 1964 après Jésus Christ. Toute la classe est occupée. Toute ? Non, car un gamin ressemblant comme deux gouttes d’eau à Dewey (Cf. la série Malcolm) a trouvé un nouveau jeu avec son crayon d’ardoise. C’est une école de village, une classe double CP/CE1. La classe de M. Arnaud. Jeune instit, brave homme, mais sanguin. Je ne suis pas un élève difficile, juste un peu grignoteur de buvard et de protège cahier. Le mobilier est constitué essentiellement de tables doubles plutôt récentes. Ce n’est plus le pupitre tout bois, dont l’écritoire incliné s’ouvrait sur un casier plein de trésors. Ce n’est pas encore la table en formica et son impassible surface unie. C’est encore une bonne grosse planche de bois, horizontale, mais comportant deux rainures à crayon et deux trous pour les encriers de porcelaine. J’ai l’impression que le piètement était déjà en tubes métallique. Pour le casier sous le plateau, j’hésite : bois ou métal ? Je ne sais plus. (C’est vous dire si les études m’intéressaient.) J’ai appris à lire et à écrire là, avec des plumes Sergent Major montée en baïonnette sur un porte plume ordinaire, trempées dans l’encrier plein à ras bord d’une encre d’un violet parfait.

 

Crayon d'ardoise

Ce crayon est tout à fait conforme à mon souvenir, mais il me semble que nos mines étaient plus claires...

 

Le crayon d’ardoise était un tube de métal, coiffé d’une sorte de petit béret métallique d’un côté, ouvert de l’autre pour y insérer une grosse mine au goût de terre. Une jolie bague de métal jaune permettant de maintenir ensemble la mine et le crayon d’ardoise. J’enlevais systématiquement le petit béret d’un coup de dent. Sa surface lisse d’un côté, trouée de l’autre, était vraiment intéressante sous la langue, presque autant que vide laissé par une dent tombée. Mais le jour du « drame » (ce n’était quand même qu’un tout petit drame) j’avais trouvé qu’en aspirant et en soufflant dans le tube du crayon d’ardoise, on pouvait faire monter et descendre la mine, si elle n’était pas garrottée par la bague de métal. Je m’amusais tranquillement à faire monter et descendre cette mine quand cette conne s’est échappée du crayon d’ardoise pour plonger directement dans l’encrier. D’où elle dépassait juste assez pour me narguer. (Autant que je me souvienne, nos encriers était plus en entonnoir que ceux de la photo) Qu’à cela ne tienne ! Je n’avais qu’à me servir du crayon d’ardoise pour aspirer la mine et la sortir de là. C’est ce que j’ai fait et la mine est bien remontée. Avec l’encre. J’en ai eu un petit peu plein la bouche, assez pour constater que ce goût là n’était pas terrible : fromage fermenté.

Je ne me souviens pas m’être fait particulièrement engueuler. Mais tous les parents connaissent ça : on ne réagit qu’à ce qui reste envisageable. Ce qui sort vraiment de l’ordinaire sidère et laisse sans voix. J’ai quand même eu un petit mot dans mon cahier du jour, à faire signer par mes parents : « C’est nouveau : Jean-Marie boit de l’encre ! » À quoi ma mère à répondu : « Vu la façon dont son cahier est tenu, il doit en recracher une partie… » C’est du moins ce que raconte sa légende, et la mienne.

 

 

 

Rédigé par jimidi

3 juin 2009 à 21:44

Publié dans Achives

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