Les Huns dealent au soleil

Aphorimes et périls…

Steampunk one more time

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Esthét steam 2.jpgC’est en voyant cet interrupteur que le déclic s’est produit. Un peu comme s’il avait éclairée une idée, ce qu’en bande dessinée on représente très justement en plaçant une petite ampoule allumée à côté d’un personnage. Alors bien sûr, je ne l’ai pas vu sous la forme qu’affiche la photo en en-tête, mais sur ce radio-réveil « Spirit of Saint Louis ». Là, j’ai compris bien des choses.

Esthét steam 1.jpg

C’est donc un interrupteur, de type aviation (mais ça, je ne l’ai su qu’après) bien dans l’esprit de cette ligne d’objet (Cf. la note “Esprit, es-tu là ?“), mais ce n’est pas sa filiation avec l’aéronautique qui m’intéresse, c’est ce qu’il a à nous dire de son esthétique.

J’ai défini je ne sais plus où l’esthétique comme l’ensemble des règles du beau. Cette définition m’apparaît maintenant trop limité, ou plutôt comme constituant un premier pallier vers la compréhension de ce qui fonde le steampunk, mais un palier engageant à aller au-delà, à poursuivre la quête.

Nous devons d’abord nous mettre d’accord sur deux ou trois choses. Un interrupteur est un dispositif destiné à laisser ou non passer le courant. J’ose espérer que je ne vous apprends rien. Fonctionnellement au moins, rien ne distingue donc cet interrupteur « type aviation » du moche interrupteur Legrand sur lequel vous appuyez pour éclairer votre cuisine, ni du bouton calculette de la télécommande de vos composants audio-visuels, ni d’ailleurs des touches sur lesquelles j’appuie pour composer ses lignes.

Fonctionnellement toujours, il n’y a donc aucune différence entre le réveil radio « Spirit of Saint louis » et celui-ci : Esthét steam 4.jpg

Et technologiquement, sans doute beaucoup moins que leur apparence respective le suggère. Pourtant, je ne sais pas vous, mais il semble quand même que les deux appareils soient assez différents, non ? On se débarrasserait un peu facilement de la question que cette différence pose en lâchant à la va vite pour faire son intéressant « C’est juste le design qui change ».

Certes, mais ce que j’entends vous faire toucher du doigt, c’est que derrière le « design », ou l’esthétique – puisqu’en ce qui concerne nos deux radio-réveils ces notions se confondent – ce qui distingue ces deux objets, c’est rien moins que deux visions différentes du monde idéal.

Il ne vous aura pas échappé que nos objets quotidiens semblent engagés dans une course vers un monde lisse et sans aspérité. Les boutons disparaissent comme autant de pustules. Le fin du fin en ce moment résidant en l’espèce dans les écrans tactiles. Ce monde parfait de nos objets technologiques est désormais un monde sans rien d’aussi organique et trivial que des câbles ou des tuyaux. Dans ce monde éviscéré de la pure pensée, on n’appuie plus, on effleure à peine, parfois un geste suffit.

Bien voir que la plupart du temps, derrière cette course à l’idéal, la technologie est loin derrière. C’est-à-dire que ce n’est pas elle qui tire l’objet vers sa forme, c’est la forme qu’on voudrait qui impose son désir à la technologie. C’est ce que nous disent nos deux radio-réveils. Ils partagent probablement les mêmes composants mais prétendent chacun nous ouvrir les yeux sur des mondes très différents. Je vais revenir sur ces deux mondes, mais je voudrais finir de tordre le cou à cette idée que le progrès technologique ouvre la voie aux nouvelles formes adoptées par nos objets quotidiens. Vous avez acheté plusieurs lave-linge dans votre vie ? Oui ? Alors vous avez constaté comme moi qu’à part un ou deux cosmétiques électroniques, ceux-ci n’ont pas fondamentalement changé depuis… Houlà ! Pourquoi ? Ben parce le lave linge étant un objet assez peu porteur de statut social, à qui on demande en gros de laver et de ne pas faire chier, peu générateur d’imaginaire, n’occupant pas une place décisive dans la littérature de science fiction, il est un peu à la ramasse pour ce qui est de la technologie. A contrario, vous aurez remarqué que nos télé et nos écrans d’ordi ont subit une révolution technologique en passant du cathodique au LCD. Pourquoi ? Parce que depuis les années cinquante on rêve d’écrans plats. On sait probablement faire des écrans ronds ou des écrans holographiques, mais on s’en fout, nous on veut des trucs qui ressemblent à des tableaux à accrocher au mur. On le voulait tellement, on l’a rêvé si fort que Sony l’a fait.

Ce monde là, on le connaît. Il n’est d’ailleurs que d’ouvrir n’importe quelle revue d’architecture pour le visiter. Là, rien ne vient briser les lignes, rien ne grumelle les surfaces. Les aspérités ont disparu, la couleur aussi d’ailleurs – tout est blanc – et il semble que les habitants eux-mêmes… La lumière est très présente, blanche elle aussi. Vous la connaissez cette lumière, cette grande lumière blanche. Oui, parce qu’en fait, ce monde là, vous le connaissez. Mais si, là où tout le monde est habillé avec ces tuniques unisexe ridicules et porte de grandes ailes dans le dos.

Et le steampunk alors ? s’énerve notre lecteuse que ma lenteur va finir par mettre en retard. Ce dont se souvient notre interrupteur type avion (et moi avec lui) c’est du levier. Ce bon gros levier qui servait à manœuvrer les aiguillages, celui de Charlie Chaplin dans « Les temps modernes », celui d’Archimède qui prétendait soulever le monde. Quel monde ? Un monde qui se présente à bien des égards comme l’inverse du précédent. Un monde où il n’est pas question de Wifi mais de bonnes grosses conduites. Tout encombré de câbles et de tuyaux. Un monde où la technologie, loin de vouloir disparaître, se montre, y compris dans la nostalgie qu’elle a d’elle-même. Comment comprendre sinon les touches « machine à écrire » ? C’est un monde à l’entropie réaffirmée par ses taches de rouille, très loin de l’éternité où le temps ne passe plus, mais où, au contraire, ce temps laisse des traces.

J’aime bien ces traces là. Le paradis et l’éternité, je me suis toujours dit que ça devait finir par être chiant. Surtout vers la fin, ajoutait Woody Allen.

Allez, comme vous m’avez lu jusque là, un petit dernier pour la route :

Esthét steam 3.jpg

 

 

 

 

 

 

Rédigé par jimidi

25 avril 2009 à 17:14

Une réponse

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  1. [...] Steampunk one more time (avec comme point de départ un interrupteur type aviation, et à l’arrivé, rien moins que l’explication définitive de la marche du monde.) [...]


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